Plaquette de Saison 2018-2019
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Yves Beaunesne

Conversation chez les Stein sur Monsieur de Gœthe absent

Le prix de la discorde amoureuse

Peter Hacks, auteur dramatique allemand contemporain né en 1928 et décédé en août 2003, a travaillé longuement avec Bertolt Brecht. Il est l’auteur d’une quinzaine de pièces, dont le cristal rare qu’est « Conversation chez les Stein sur Monsieur de Goethe absent », monologue pour une comédienne et un « empaillé ».

Le jeune Goethe connut quelques jours après qu’il se fut installé à Weimar en 1776 une dame de la cour, Charlotte von Stein, qui représentait l’éducation la plus raffinée, la décence dans la parole et le maintien… Elle fut choisie par le duc pour éduquer l’animal Goethe aux raffinements du monde. Dix ans plus tard, le poète s’enfuit secrètement, de nuit, pour l’Italie. Madame de Stein se retrouve face à sa marionnette de mari et lui ouvre son cœur.

L’auteur raconte la lente descente sur les rivages du fleuve amour d’une femme qui ne sait y nager. Charlotte de Stein, pour raconter son histoire avec Goethe, se retrouve emportée dans le labyrinthe d’une stratégie de l’aveu qu’elle ne contrôle plus. Cette « femme du monde », qui n’arrête pas de lancer des allumettes enflammées par-dessus un baril de poudre ouvert, tombe dans le vertige de la passion. Ce baril qu’est le monde quelque temps avant 1789, au bord du gouffre, au bout du rouleau et qui danse sur un volcan : une époque à la fois raffinée et monstrueuse dont les maîtres prennent des bains de lune - pas des bains de soleil. Ainsi, de vertige en vertige, Madame de Stein tombe dans l’illusion au même moment qu’elle nous fait entrer dans la désillusion. C’est dans l’incompréhension qu’elle peut trouver la compréhension de son propre désarroi.

C’est une pièce incroyable sur la difficulté d’aimer, sur la difficulté d’admettre qu’on aime, sans réclamer des preuves à l’autre. En face de cette femme amoureuse, un poète, un poète connu, une des figures majeures de la littérature allemande - un de ces météorites qui fait dire que si la vie était plus vivable, personne n’aurait jamais rien créé.

Ce récit est conçu comme une métaphore, c’est-à-dire une image libre, non contrôlée et non contrôlable, ainsi que l’est l’irruption d’une féminité autonome, sauvage, dans un monde où la féminité est définie par l’homme. Il faut trouver l’or, même dans la boue des personnages. Nous sommes ce que nous perdons.

Face aux sentiments, la raison ne peut plus grand chose, elle bat de l’aile. Les impasses psychologiques où se trouvent le personnage préfigurent l’effondrement de la dialectique du mal et du bien qui va se produire au XXe siècle. Le mécanisme mental de la transformation du mal en bien n’opère plus aussi clairement et, par suite, la philosophie du progrès qui en était solidaire se détraque à son tour. Il ne s’agit pas de morale mais de domination. Il y a là une rage fulgurante, un raz-de-marée dont personne ne sort intact. Un cynisme plus désespéré encore que celui des Liaisons dangereuses, dans la mesure où les personnages de Laclos peuvent se récupérer par la maîtrise d’une morale qu’ils sont en train d’inventer et que le personnage de Peter Hacks ne soupçonne même plus. L’auteur semble dire qu’existe seulement un point de clarté au-delà duquel on ne peut pas aller.

C’est une pièce de guerre qui s’attaque à la structure même de la société, qui prend plaisir à démonter la machine du monde. Peter Hacks interroge, et dérange, mais c’est sur le terrain de notre rapport à nous-mêmes, et pour toucher à ce que nous aimons considérer comme secret, inviolable. Il porte une inlassable, exténuante curiosité à la précarité de nos certitudes et aux raisons que nous nous donnons pour agir comme nous le faisons. Il révèle combien notre identité est, en fait, une construction infiniment contingente et précaire. La pièce s’adresse au quartier d’écorché qu’il y a dans toute orange humaine.

C’est un récit cinématographique : sur la pellicule, il y a du noir entre chaque photogramme ; sans le savoir, le spectateur est laissé libre de penser ou de rêver ce qu’il veut entre chacune des 24 images d’une seconde de film. En vidéo, il n’y a jamais de noir, nous sommes tenus par les yeux, c’est une lumière éternelle, terrible. Hacks, comme le cinéma, préfère le noir, L’obscurité est pour lui ce qu’est le blanc de la toile pour un peintre. Et il laisse au spectateur le soin d’inventer son propre dénouement. Il n’y aura pas de salut en trompe-l’œil.

« Hommes et femmes sont les mêmes partout, note Simenon. À condition de gratter un peu la surface et de ne pas s’arrêter au pittoresque apparent ».

Charlotte de Stein
Christiane Cohendy

Josias de Stein
une marionnette et son manipulateur :
Cyril Bourgois

Collaboration artistique
Marion Bernède

Traduction
Jean-Louis Besson et Jean Jourdheuil

Collaboration pour les marionnettes
Émilie Valantin

Scénographie, objets,
projections et marionnettes
Damien Caille-Perret

Costumes
Damien Caille-Perret

Lumières
Éric Soyer

Création son
Christophe Séchet

Coiffures et maquillages
Catherine Saint-Sever

Chorégraphie
Giuseppe Frigeni

Le texte de la pièce est publié
aux éditions THEATRALES.

Création
12 Janvier 2005 au Théâtre de Nîmes

Peter Hacks

Auteur dramatique allemand, né en 1928 à Breslau, mort en 2003 à Berlin. Après des études de philosophie, de sociologie, de littérature contemporaine et de sciences théâtrales à Munich, il obtient le grade de Docteur en philosophie et travaille pour le théâtre et la radio. En 1955, il va s’établir en RDA où il reçoit le Prix Lessing (1956) et collabore avec Bertolt Brecht au Berliner Ensemble.
Il est très joué en Allemagne où son talent est reconnu à l’Est comme à l’Ouest ; membre de l’Académie des Arts de la RDA et membre de l’Académie des Arts descriptifs de Francfort, il reçoit le Prix de la Critique de la RFA en 1971. Il est peu connu en France où seulement trois de ses pièces sont traduites : La Bataille de Lobositz (1956), Les Débuts de l’Époque Indienne (1955), Conversation chez les Stein sur Monsieur de Goethe absent (1976).

Christiane COHENDY (comédienne)

Au théâtre, elle a travaillé avec les plus grands metteurs en scène :
Alain Françon dans la farce de Burgos (1971). Le jour de la Dominante (1973) ; André Engel dans Baal (1976), Kafka théâtre complet (1979), Penthésilée (1982), Les légendes de la forêt viennoise (1992) ; Klaus Mickael Gruber dans le célèbre Faust Salpétrière (1975) ; Jean-Pierre Vincent dans Le Misanthrope (1977-1979) ; Stuart Seide dans Le deuil sied à Electre (1981).

Elle participe à de nombreux spectacles de Matthias Langhoff dans La Cerisaie (1984), La Mission et Le Perroquet vert en 1989 et Les trois sœurs (1994).

Avec Jorge Lavelli, elle enchaîne Kvetch (1992), Maison d’arrêt (1993), L’Amour en Crimée (1994), Décadence (1995). Elle obtient avec cette dernière, le Molière de la Meilleure Actrice (1996).

Elle a également participé à des mises en scène de Hans Peter Closs Susn (1982), Michelle Marquais Transat (1983), Jean-Claude Fall Still Life (1984), Jean Jourdheuil Vermeer et Spinoza (1984), Elisabeth Chailloux Le Paradis sur terre (1985), Gilles Chavassieux Annie Wober (1987), Alain Milianti Le Pelican (1993), Bernard Murat Le Libertin (1996-97).

En 1998, elle interprète seule Et puis, quand le jour s’est levé, je me suis endormie de Serge Valetti par Michel Didym. En 2000, elle joue Fanfares mis en scène par Georges Lavaudant. En avril 2003, elle joue Phèdre à l’Odéon dans une mise en scène de Patrice Chéreau.

Au cinéma, elle tourne entre autres pour Chantal Akermann dans Toute une nuit (1982), Vent de Panique (1987) réalisé par Bernard Stora. Jean-paul Rappeneau la fera jouer dans Le Hussard sur le toit, Albert Dupontel dans Le Créateur. Elle joue avec Charles Berling dans Un pont entre deux rives et dans Sur mes lèvres de Jacques Audiard avec Vincent Cassel et Emmanuelle Devos.

Une dizaine de téléfilms viennent s’ajouter à la carrière de cette actrice complète lauréate du Prix de la Meilleure Actrice au Printemps du Théâtre de la Ville de Paris et du Prix de la Meilleure Actrice décerné par le Syndicat de la Critique en 1995.

LES COLLABORATEURS ARTISTIQUES

Cyril Bourgois (marionnettiste)

Diplômé de l’Ecole Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette de Charleville Mézières, Cyril Bourgois est membre fondateur du TRAM THEATER, Berlin et du pUnChiSnOtdeAd. Formé à l’art de l’acteur à l’Institut National Supérieur des Arts du Spectacle de Bruxelles il est ensuite sensibilisé à la mise en scène lors d’un semestre de perfectionnement à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique « Ernst Busch ».
Il collabore en France et en Allemagne à plusieurs créations pour marionnettes et pour théâtre d’acteur au niveau de la conception, de la réalisation et du jeu.
En tournée actuellement, L’Innommable Epopée du Père Ubu, pièce de rue pour marionnettes à gaine et boniments, UBU, INSTALLATIONs pièce pour marionnettes, quelques projections et beaucoup d’objets, INSTANT INSTALL PPP , expérimentation multimédia mêlant manipulation traditionnelle, musique électronique et art vidéo.

Damien Caille-Perret (scénographie et costumes)

À la sortie de l’École du Théâtre National de Strasbourg, Damien Caille-Perret est assistant à la mise en scène de Jacques Nichet, puis il est scénographe, accessoiriste, parfois costumier, parfois marionnettiste pour Edith Scob , Dominique Valadié, Olivier Werner… Avec Sylvain Maurice, il crée les marionnettes et la scénographie des Aventures de Peer Gynt et cette année la scénographie et les costumes d’Œdipe. Il est artiste associé au Nouveau Théâtre de Besançon.
Il a déjà travaillé avec Yves Beaunesne, pour La Fausse Suivante, La Princesse Maleine, Edgard et sa bonne et Le dossier de Rosafol et Oncle Vania, ainsi que pour Ubu-Roi avec les élèves de la Comédie de Saint-Étienne.

Giuseppe Frigeni (chorégraphie)

Après des études universitaires à Bergame et Bologne, Giuseppe Frigeni débute la danse contemporaine auprès de Françoise et Dominique Dupuy, avant de travailler avec des chorégraphes comme Marie-France Dieulevin, Caroline Carlson, David Gordon, Catherine Diverrès ou Steve Paxton. Il collabore aux groupes "Fabrice Dugied Danse" et "Libre Parcours", ainsi que "Red Notes" d’Andy de Groat.
En 1988, il présente sa première chorégraphie à Orsay : "Vaghe stelle dell’orsa", un hommage à André Tarkovski. La même année, il rencontre Robert Wilson avec lequel il travaille sur de nombreux projets, notamment "Le martyr de Saint Sébastien" pour l’ouverture de l’Opéra Bastille, "La flûte enchantée", Madame Butterfly", "Œdipe Roi" au Théâtre du Châtelet, La femme sans ombre" et "Pelléas et Mélisande" à l’Opéra de Paris, 3Lohengrin" au Metropolitan Opera de New-York…
Il a également travaillé avec Klaus-Michael Grüber (La Traviata, Otello, Tristan et Iseult), Patrice Chéreau (Wozzek et Don Giovanni), Peter Stein et Luca Ronconi.

Christophe Séchet (création son)

Formé à la composition musicale et aux techniques de studio par les compositeurs du Groupe de recherches Musicales à Paris, il développe un travail de composition électro-acoustique intimement lié au spectacle vivant, danse et théâtre. Christophe Séchet a travaillé avec les chorégraphes Mathilde Monnier, Jean-François Duroure, Héla Fattoumi et Eric Lamoureux et Christian Bastin.
Il a déjà travaillé avec Yves Beaunesne, pour Il ne faut jurer de rien, L’Eveil du Printemps, La Fausse Suivante, La Princesse Maleine, Yvonne Princesse de Bourgogne et Oncle Vania.

Eric Soyer (lumières)

Formé à l’école Boulle, il réalise depuis plusieurs années les scénographies et éclairages pour Joël Pommerat et la Compagnie Louis Brouillard. Il travaille également au Théâtre National d’Alger avec Toni Califero et Zeni Chérif Ayad.
Il a déjà travaillé avec Yves Beaunesne, pour Edgard et sa bonne et Le dossier de Rosafol et Oncle Vania.

Catherine Saint-Sever (coiffures et maquillage)

Maquilleuse, perruquière, Catherine Saint-Sever a travaillé notamment avec Christian Rist, Jean-Lambert Wild, Brigitte Jacques, Andrej Seweryn, Valère Novarina, Claude Buchvald, Robert Cantarella, Anne Torrès, Sandrine Anglade.
Elle a déjà travaillé avec Yves Beaunesne, pour La Princesse Maleine, Edgard et sa bonne et Le dossier de Rosafol et Oncle Vania.

Coproduction Compagnie de La Chose Incertaine – Yves Beaunesne
Le Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines
Le Théâtre de Nîmes
La Scène Watteau de Nogent sur Marne

Le soutien du département du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, du département du Val de Marne et de la DRAC Île de France

Tournée saison 2004-2005

- Du 12 au 14 janvier 2005 au Théâtre de Nîmes, soit 3 représentations

- Du 20 au 23 et les 25 et 26 janvier 2005 au Théâtre de Saint-Quentin en Yvelines, soit 6 représentations.

- Le 29 janvier 2005 au Théâtre Juliobona de Lillebonne

- Du 6 au 22 avril 2005 au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, soit 15 représentations